Françoise Dancause travaille depuis maintenant près de deux ans à la création d'un spectacle en téléprésence intitulé CorresponDanse de guerre. Cet événement théâtral est spécifiquement conçu pour être diffusé sur deux scènes en simultané grâce à la technologie de la téléprésence, dans les salles multifonctions. Sa première diffusion est signée pour novembre 2020, à Joliette et Saint-Jean-sur-Richelieu. C'est au cours de la préparation de ce spectacle d'envergure que l'artiste et les membres de son équipe se sont mis à entrevoir l'appropriation d'un nouveau langage scénique utilisant les arts numériques, alors qu'ils découvraient les différents outils pratiques pour la création en téléprésence. Ce nouveau langage, ils l'ont appelé le "Théâtre cinématographique". Frada Productions travaille actuellement à developper les arts numériques en art de la scène ainsi que sur la publication des recherches basée sur ce nouveau langage scénique et les tests technologiques (Septentrion - collaction le Hamac), ainsi que sur la diffusion et le rayonnement d'une production originale qui aura permis d'explorer cette nouvelle pratique et, souhaitent-ils, de poser les premiers jalons d'un nouveau langage à exploiter.

 

LE SPECTACLE EN BREF

CorresponDanse de guerre propose au public une grande histoire, celle du conflit mondial de 14-18, qui sera déclinée sous deux angles différents : celui d'un militaire canadien-français parti combattre dans les tranchées en Belgique et celui des membres de sa famille restés dans l'attente dans un Québec fragilisé. Ce spectacle sera présenté dans deux salles de spectacles, situées à plusieurs kilomètres de distance l'une de l'autre. Ces deux univers scéniques sont séparés, mais reliés par la correspondance, et quelquefois même en dialogue grâce à la technologie de la téléprésence. Appuyé par une scénographie numérique, ce spectacle plongera les spectateurs dans une expérience théâtrale hors du commun.

 

Ici, dans le projet CorresponDanse de guerre, l'utilisation de la téléprésence prend une dimension spectaculaire, car elle permet de relier (ou non) deux univers qui sont littéralement séparés. Grâce à ce concept de mise en scène et de communion des deux salles, le spectateur assistera à des moments forts en émotion où les deux protagonistes pourront enfin communiquer en dialogue, et à d'autres moments où la communication sera complètement impossible. La téléprésence donne aussi l'occasion de jouer avec le langage cinématographique. Cette technologie qui transmet le son et l'image d'une salle à l'autre permet de présenter des plans sélectionnés en fonction de l’histoire à raconter, de ce que nous souhaitons dévoiler ou non. Nous jouerons ainsi sur les perceptions et le message véhiculé. Le spectacle présentera la même histoire dans les deux salles, mais sous deux angles différents. Les spectateurs n’auront jamais accès aux deux visions en totalité, c’est-à-dire qu’ils pourront voir l’entièreté des performances sur scène du comédien et des danseurs qui se trouveront physiquement dans leur salle, mais qu’ils ne verront que ce que nous désirons qu’ils voient de la seconde salle, en virtuel. Ce concept présente ainsi un double spectacle, à l’intérieur d’une même histoire. Les spectateurs auront la possibilité d’assister une seconde fois au spectacle en choisissant de découvrir l’autre point de vue. À cette utilisation de la téléprésence s'ajouteront une mise en scène et une scénographie numériques. L'équipe travaillera sur une conception multimédia qui offre des possibilités de changement de rapport avec le public. Nous entrevoyons une magnifique occasion de développement de public, et nous avons déjà commencé à discuter de la possibilité d'offrir des représentations devant le public scolaire. Nous considérons l'aspect technologique du spectacle comme une belle porte d'entrée pour le jeune public qui apprivoisera les arts scéniques en partant d'un langage qu'il connaît davantage.

 

NOUVEAU LANGAGE

La téléprésence donne l'occasion aux créateurs de jouer avec le langage cinématographique sur scène et de retransmettre le son et l'image d'une salle à l'autre. L'équipe a donc choisi de miser sur un double spectacle qui propose des exclusivités de chaque côté, c’est-à-dire que dans chacune des salles seront déployés des plans sélectionnés sans montrer la totalité du contenu. De ce fait, les spectateurs présents dans chacun des théâtres auront une vision différente d'une même histoire. De plus, à ce concept s'ajouteront 4 caméras, placées sous 4 angles différents et qui permettront d'augmenter les possibilités narratives. Réels (sur scène) ou virtuels, les comédiens et danseurs prennent une autre dimension que celle qu'ils occupent habituellement dans le théâtre traditionnel. Parfois représentés en proportion réelle, d'autres fois mis de l'avant en plan rapproché, les comédiens et danseurs proposent au public de découvrir un nouveau langage scénique évocateur et puissant. Les exercices précédents de théâtre en téléprésence offrent habituellement un rapport 1 : 1 aux spectateurs, c’est-à-dire un rapport identique et proportionnel entre les comédiens, le décor, etc. Dans le projet CorresponDanse de guerre, ce rapport est complètement éclaté et mise sur une panoplie de plans et d'angles différents. Le résultat nous donne accès à une nouvelle vision du théâtre et une appropriation de la technologie de la téléprésence dans la création d'une œuvre originale. Également, le projet CorresponDanse de guerre se veut un projet multidisciplinaire : théâtre, danse, chanson et arts numériques. Il permet le maillage entre les disciplines et offre l'occasion d'expérimenter ce nouveau langage de plusieurs points de vue.

 

Le projet de recherches et de développement permettra ainsi de peaufiner ce nouveau langage par l'expérimentation en salle de la production originale qu'est CorresponDanse de guerre. Trois partenaires diffuseurs du spectacle, la SPEC du Haut-Richelieu, le Centre Culturel de Joliette et le Théâtre Hector-Charland de l'Assomption, appuient le projet et les résidences technologiques afin de développer ce nouveau langage en nous permettant de bénificier de l'expertise de leurs techniciens en salle, et d'utiliser l'équipement sur place. Culture Montérégie appuie également le projet et développera avec nous des formations en téléprésence. Finalement, la Société des Arts Technologiques de Montréal est aussi partenaire du projet et nous a permis de faire 3 bancs d'essai en 2019. C'est d'ailleurs grâce à ces bancs d'essai que l'équipe a découvert l'univers de possibilités que nous réservait la téléprésence. 

 

Le résultat des recherches sera publié aux éditions Septentrion - collection Le Hamac, dans un ouvrage qui présentera la démarche artistique du projet, les essais technologiques, la définition du nouveau langage scénique, l'écriture dramaturgique en téléprésence et les outils de création que nous auront développés.

2018 Françoise Dancause